Sartrouville : J'ai voulu jouer au promoteur, j'ai fini en slip dans un four à 150k€

Découvrez l'histoire de Julien à Sartrouville : un duplex familial, un devis multiplié par trois et une canicule mémorable. Évitez les pièges de la rénovation !
Quarante-deux degrés à l'ombre. À l'intérieur, je flirte probablement avec les cinquante. Je suis assis sur un sac de ciment entamé, dans ce qui devait être ma « suite parentale avec vue imprenable sur les clochers de Sartrouville », et je regarde une goutte de sueur s'écraser lentement sur un devis qui vient de prendre 100 000 euros en une nuit. Si vous cherchez la définition de la PLS immobilière, je suis actuellement en train de poser pour la photo d'illustration.
On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Dans mon cas, il est pavé de placo de mauvaise qualité et de promesses d'un entrepreneur qui a confondu « devis estimatif » et « scénario de science-fiction ». Bienvenue dans mon duplex du centre-ville, ou ce qu'il en reste.
Tout a commencé quand j'ai hérité de l'appartement de mon grand-père. Un duplex de 110 m², idéalement situé à deux pas de la gare de Sartrouville (parfait pour le RER A, moins pour mes nerfs). C'était le logement typique des années 70 : de la moquette orange qui avait survécu à deux crises pétrolières et un escalier en bois qui grinçait dès qu'une mouche se posait dessus. Mais j'avais un plan. À 38 ans, je me voyais déjà comme le nouveau Stéphane Plaza du 78. Je voulais tout casser, ouvrir, créer un loft cathédrale et moderniser ce patrimoine familial auquel je tenais plus que de raison.
J'avais un budget serré de 50 000 euros. Un artisan, dégoté sur une application de services entre particuliers avec un profil qui respirait la confiance (spoiler : non), m'avait assuré que « pour 50 briques, on fait Versailles, mon pote ». J'ai signé. Sans maître d'œuvre, sans étude technique, avec la fleur au fusil et la naïveté d'un candidat de télé-réalité devant une règle de trois.
Le four crématoire et le coup de massue
Nous sommes en pleine canicule d'août. Les travaux ont commencé depuis trois semaines. L'entrepreneur — appelons-le Julien, comme moi, ce qui aurait dû être un signe que l'univers se foutait de ma gueule — m'appelle en urgence. « Y'a un souci avec le plancher et la toiture, faut qu'on parle. »
Quand j'arrive sur place, l'air est irrespirable. En montant à l'étage du duplex, sous les rampants, je manque de m'évanouir. L'équipe a déposé l'ancienne isolation (de la laine de verre qui ressemblait à de la barbe à papa toxique) et a laissé le toit à nu. Sous les tuiles chauffées à blanc, le duplex est devenu un sauna géant. C'est là que je vois le désastre : les solives, ces pièces de bois horizontales qui soutiennent mon plancher, sont littéralement en train de se transformer en poussière.
Mon 'entrepreneur » me regarde avec l'air désolé d'un garagiste qui va t'annoncer que le moteur de ta Twingo a fondu. « Écoute, avec la dépose, on s'est rendu compte que rien n'est aux normes. Si on pose ton nouvel escalier design en acier, le plancher s'écroule au premier étage. Et pour l'isolation, ce que j'avais prévu, ça passera jamais avec les nouvelles normes RE2020. Faut tout reprendre. La charpente, le solivage, l'isolation par l'extérieur. »
Il me tend un papier gribouillé. Le devis initial de 50 000 € est devenu un monstre de 158 000 €. X3. Bam. Dans ma tête, c'est le générique de fin de C'est pas sorcier, mais sans les explications sympas de Jamy.
Pourquoi mon portefeuille a pris feu (L'analyse technique)
C'est là que ma formation accélérée — et coûteuse — a commencé. Pourquoi une telle explosion ? Parce que j'avais ignoré trois concepts fondamentaux que tout propriétaire en Île-de-France devrait tatouer sur son bras avant de signer quoi que ce soit :
- Le Solivage et la Surcharge Structurelle : Dans un vieux duplex de Sartrouville, le plancher n'est pas une dalle béton. Ce sont des « solives » (poutres en bois). En voulant installer un escalier en colimaçon massif et une baignoire îlot à l'étage, j'augmentais la « charge permanente ». Sans renforcement structurel, j'allais finir dans le salon du voisin du dessous en plein milieu de mon bain.
- Le Déphasage Thermique : Sous les combles, en août, l'isolation ne sert pas qu'à garder le chaud en hiver. Elle sert surtout au déphasage, c'est-à-dire le temps que met la chaleur pour traverser l'isolant. L'artisan m'avait vendu de la laine de verre de base. Résultat ? Un déphasage de 3 heures. À 14h, la chaleur de midi était déjà dans ma chambre. Pour être bien, il aurait fallu de la fibre de bois ou de la ouate de cellulose (déphasage de 10-12h), bien plus chères.
- Le Devis 'à la louche » : Mon artisan n'avait pas fait de sondages destructifs avant de chiffrer. Il a découvert les problèmes au fur et à mesure. C'est la technique classique du « pied dans la porte » : on commence bas pour choper le chantier, et on assassine le client sur les avenants une fois que tout est cassé et qu'il ne peut plus reculer.
La traversée du désert (et des agios)
La suite ? Un cauchemar bureaucratique et financier. J'ai essayé de négocier. Il m'a ri au nez en me disant qu'il pouvait arrêter le chantier demain s'il voulait. J'ai fait venir d'autres entreprises de Sartrouville et des environs. Dès qu'ils voyaient le chantier entamé et le bordel structurel, ils prenaient la fuite ou doublaient leurs tarifs par peur des malfaçons du prédécesseur.
Je me suis retrouvé bloqué avec un prêt immo sur le dos, un loyer à payer à côté, et un duplex inhabitable où les températures atteignaient des records. J'ai même envisagé de vendre en l'état, de perdre l'héritage de mon grand-père et de partir vivre dans une grotte dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye.
La honte m'étouffait. Comment avais-je pu être aussi bête ? J'avais voulu économiser quelques milliers d'euros sur l'accompagnement et l'expertise technique, et je me retrouvais avec une dette qui allait me suivre jusqu'à la retraite. C'est le syndrome de l'expert YouTube : on croit qu'on gère parce qu'on a regardé trois tutos sur la pose de parquet, mais la réalité du bâti ancien en zone urbaine dense ne pardonne pas l'amateurisme.
Épilogue : La lumière au bout du tunnel (et du RER A)
Finalement, après deux mois de dépression nerveuse, j'ai fini par arrêter les frais avec mon « pote » artisan. J'ai dû faire appel à un service d'accompagnement sérieux pour reprendre le dossier de zéro. Ils ont audité le chantier, ont fait faire des vrais devis par des boîtes RGE sérieuses, et m'ont aidé à obtenir des aides de l'Anah et MaPrimeRénov' que j'ignorais totalement.
Certes, j'ai dû vendre ma voiture et dire adieu à mes vacances pour les cinq prochaines années pour éponger le surplus, mais aujourd'hui, le duplex est terminé. Il est magnifique, l'escalier ne s'effondre pas, et même par 40 degrés dehors, il fait un frais délicieux à l'intérieur grâce à une isolation digne de ce nom.
Si c'était à refaire ? Je ne signerais RIEN sans un expert à mes côtés. L'indépendance a un prix, et dans l'immobilier, ce prix s'appelle souvent la faillite.
La Leçon de Julien
- Ne signez jamais un devis global sans sondages préalables : Si l'artisan ne vérifie pas l'état des poutres ou de la charpente avant de chiffrer, fuyez. C'est l'assurance de voir le prix tripler.
- L'isolation thermique n'est pas qu'une question de froid : En duplex sous les toits, exigez des matériaux à fort déphasage thermique pour survivre aux étés franciliens.
- Le prix de l'accompagnement est une assurance, pas une dépense : Payer quelqu'un pour surveiller votre chantier coûte 10x moins cher que de rattraper les erreurs d'un artisan véreux.
- Vérifiez les assurances décennales : Assurez-vous que l'artisan est assuré pour tous les corps de métier qu'il prétend toucher (structure, toiture, électricité).
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